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message posté : Ven 9 Juin - 16:05



   

The book of a mad man

— Asmodée et Clyde
La frayeur littéraire  : C'était une mauvaise passe, cette époque. C'était la colère d'un enfant à sa mère, et du même enfant son père. Entre les lignes d'une autobiographie rageuse et puérile, s'est dressé l'amour déçu de l'enfant, la déception immense de deux géants qui s'effondrent. Les premiers mots ont été écrits à dix-huit ans, quand enfin il a trouvé le courage de verbaliser ses émotions avant d'être rangés dans un tiroir pour n'être repris que quelques années plus tard. Ce sont les nuits passées en prison où il a écrit tant de chapitres, imaginé tant de phrases ressassées mille fois, et c'est à sa sortie qu'il a tout posé sur papier, n'utilisant que sa mémoire et son désir de vengeance.

Mais il n'y a pas à se venger de parents injustes et sans amour, car le monde regardera toujours Clyde comme le fils indigne qui n'a pas su apprécier les quelques trésors qui lui ont été laissés.

Et c'est dans un effroi sans pareil qu'il a reçu un appel ce matin. Il était sept heure à peine quand la maison d'édition qu'il avait contacté quelques années plus tôt lui ont appris une terrible nouvelle, mais gracieuse à leurs yeux. Cette autobiographie avait été rééditée, et serait en magasin aujourd'hui. Car elle a tant rapporté à tout le monde, car un plaisir à lire pour simplement se moquer.

Il a réveillé Jules, s'était plaint mille fois avant d'arriver à la sage décision de faire le tour des librairies de Philadelphie pour acheter tous les malheureux exemplaires.

Aux heures de midi, il a déjà réussi à se faire livrer les exemplaires de deux librairies, avant que dans un état d'angoisse et de fatigue il ne s'attaque à elle-ci, dans le centre de la ville. Il pousse la porte avec une cigarette aux lèvres, sans avoir oublié d'être coquet.

Même dans les situations difficiles, Clyde est en Prada.

Et sans même se soucier de savoir où sont les libraires, il se met à chercher l'arrière-boutique des yeux. Peut-être peut-il simplement les prendre sans demander, et laisser sur le comptoir la somme suffisante ? Cette idée tombe à l'eau quand il voit passer devant lui une vendeuse, qu'il attrape par le bras.

"Mademoiselle, j'ai besoin de votre aide."

Le ton est aussi grave que la situation l'est, même s'il se ressaisit dans un sourire. Les bonnes manières du père lui reviennent dans un éclair de génie, et lâche son bras et se redresse.

"Vous avez reçu ce matin une livraison du livre Empty Bottles de Clyde Bridgestone, et j'aurais besoin de récupérer le carton complet."

Il ne passe pas par quatre chemins, il n'a pas le temps.

   MAY
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message posté : Sam 10 Juin - 4:45



   

The book of a mad man

— Asmodée et Clyde
Lilith a encore cassé un vase, ce matin. Et cette fois, c'était un vase dans lequel j'avais plongé un bouquet qu'on m'avait offert à la boutique pour ma gentillesse. Juste avant que je parte au travail, le rêve... Me retrouver à quatre pattes sur le parquet, mes genoux nus soutenant douloureusement le poids de mon corps qu'on pourrait croire frêle, un linge à la main. De petites feuilles s'étaient détachées des marguerites et gisaient au sol, noyées dans une eau que la température ambiante avait privé de toute fraîcheur, malgré le changement d'eau quotidien pour que les tiges restent le maximum au frais. J'aime à prendre soin des fleurs qui ornent mon appartement, même si Lilith est contre moi. C'est à cause d'elle que je dois souvent racheter de la terre pour mes gros pots, étant donné qu'elle va y creuser des trous dès que j'ai le dos tourné... Quand je ne suis pas là, elle reste absolument sage. Comme une image. Je pense que c'est plus pour attirer mon attention qu'autre chose, alors qu'elle ne manque vraiment de rien, et surtout pas d'amour.

Une fois cette tâche terminée, les fleurs remises en place et flottant dans une eau agrémentée de quelques glaçons, je me saisis de mon petit sac à franges brun accroché sur le porte-manteaux de l'entrée, et jette un dernier regard au félidé assis sur le rebord de la fenêtre du salon.

- A ce soir, ingrate.

Elle ne daigne même pas tourner les yeux vers moi, et c'est en secouant la tête de dépit que je quitte mon appartement. La librairie n'est qu'à quelques minutes de marche de chez moi, aussi je n'ai jamais à m'y rendre en voiture, ce qui me facilite amplement la vie. Le soleil s'est levé depuis longtemps  sur Philadelphie. C'est bientôt l'été, je n'ai quasiment plus besoin de quitter mon domicile avec un gilet sur les épaules, malgré le fait que je sois frileuse. J'arrive assez rapidement à la librairie, la propriétaire qui se trouve à ce moment près de l'une des vitrines me voit et m'ouvre la porte qu'elle laisse toujours fermée à clef lorsqu'il n'y a encore aucun employé, ou que nous prenons notre pause de midi. J'entre et la salue chaleureusement avec une étreinte avant d'aller poser mon sac à main dans la salle de repos. L'un de ses chats se trouve sur l'une des chaises, mais il se faufile dessous dès qu'il m'aperçoit. C'est le plus craintif des quatre, cela ne m'étonne pas. Je retourne en souriant dans la librairie, prête à entamer la matinée.

Environ deux heures plus tard, je m'apprête à aller chercher les clefs de la boutique en salle de repos afin de fermer pour la pause déjeuner après le départ du dernier client, sauf qu'un homme entre alors que je sors de derrière la caisse. Je commence à le saluer et l'informer que je suis sur le point de fermer, mais dans notre élan commun il me rentre presque dedans et m'attrape le bras. J'ai instinctivement un léger mouvement de recul, et hausse les sourcils, prête à riposter, sauf que le client me lâche au même moment, en me demandant mon aide. J'arrête mon élan de marche et me pose, prête à écouter sa demande. Il me parle d'une livraison que nous sommes censés avoir reçu ce matin. Je réfléchis quelques secondes, et hoche la tête avant de demander :

- Pourquoi cela ? Vous êtes un fan inconditionnel ?

Cette requête me semble si incongrue que je ne sais que répondre d'autre. Je ne sais même pas si nous sommes autorisés, en tant que commerce, à vendre le stock entier d'une oeuvre à un particulier. Je lance un regard vers le téléphone de la caisse, me demandant ce que je vais bien pouvoir dire à la propriétaire si l'homme est sérieux.

   MAY
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message posté : Sam 10 Juin - 10:58



   

The book of a mad man

— Asmodée et Clyde
La frayeur littéraire  : Il est évident que Clyde n'a pas tout à fait imaginé les répercutions engendrées par cette réédition, ni ne s'est rendu à l'évidence qu'il ne pourra pas réquisitionner tous les exemplaire du pays, ni même tous ceux de Philadelphie. Il lui a semblé évident qu'une fois l'horreur remise en rayon, les terribles critiques des internautes et de bien des éminences reviendraient en force, et que par conséquent il ne parviendrait plus à trouver le sommeil. Qu'il passerait ses nuits et matinées à côté de sa femme endormie, à chercher dans les messages moqueurs une once de soutient, ou d'ode à son style d'écriture. Ce qu'il ne parviendra à trouver, c'est certain. Les remarques impitoyables des amis de son père et sa mère aux dîners importants lui ont laissé un goût amer, qu'il espérait ne jamais plus avoir à rencontré.

Aujourd'hui il se sent comme une star dont l'énième sextape a été diffusée contre son gré, et faisant tout pour empêcher sa diffusion sous les réseaux sociaux. Et encore, s'il s'agissait simplement d'une sextape il aurait été soulagé : Il s'est toujours trouvé un charme immense sans ses vêtements.

Il s'en veut d'avoir été pressant à l'encontre de la libraire, la manière dont il a agrippé son bras aurait pu être plus douce, ou simplement ne jamais avoir existée. Il est toujours dangereux de toucher un inconnu, car même s'il n'est pas certain de croire en l'âme sœur il se trouverait bien embêté de voir se dessiner sur la peau rencontrée la phrase qu'il vient d'adresser.

Un fan inconditionnel.

Clyde reste interdit, se ressassant ce mot dans un mélange de honte et d'effroi qu'il préfère ne pas exprimer. Et dans la précipitation du moment et la fatigue, il a oublié les merveilleux mensonges qu'il avait concocté.

"Je..."

Il prend un air sérieux, refoulant alors ses angoisses et sa précipitations. Il se dit que jouer la carte de la catastrophe planétaire ferait son effet.

"De cette bouse littéraire ? Absolument pas. Je suis là pour empêcher sa diffusion, qui serait d'une conséquence atroce pour les lecteurs."

Le sourcil relevé, les costume trois-pièce ajusté, et on s'attend presque à ce qu'il sorte un badge mentionnant les trois lettres f, b puis i. Mais non, il n'est ni Mulder, ni l'agent Hotchner.

"Je fais ça pour le bien de la littérature américaine."
   MAY
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message posté : Mar 13 Juin - 15:55



   

The book of a mad man

— Asmodée et Clyde
Devant le sérieux de l'homme qui a quasiment pris d'assaut la librairie à l'heure de la fermeture pour le déjeuner, je ne peux qu'éclater de rire. Mais qui est-il pour juger un livre de la sorte ? Si ça se trouve, c'est un éditeur qui regrette complètement d'avoir donné crédit à quelque chose qui n'a reçu que de mauvaises critiques. Ou alors, mais ça serait beaucoup moins drôle, il s'agit de l'auteur lui-même. Non. Les auteurs ne se déplacent pas eux-mêmes dans les librairies pour récupérer des livres dont ils ont honte. Surtout que s'ils veulent en empêcher la diffusion, ils le peuvent très facilement auprès de leurs éditeurs. Enfin... je crois. En tout cas, si j'avais écrit quelques chose dont j'ai honte et qu'on souhaitait le diffuser quand même, j'intenterais un procès aux personnes responsables de sa diffusion, sans sommation. Je fais un pas en arrière et croise mes bras sur ma poitrine, ne lâchant pas l'homme du regard.

- Voyez-vous ça. Je hausse un sourcil avant d'ajouter d'une voix amusée : "Sauf que je ne crois pas que j'ai le droit de vous vendre un carton entier des exemplaires qu'on a reçu de ce livre."

En prononçant ce refus, je prie intérieurement pour que l'homme ne soit pas un détraqué ou quoi que ce soit de ce genre qui pourrait s'énerver devant un obstacle. De plus, je ne vois pas comment il pourrait faire une telle dépense en une seule fois... Enfin, on n'achète pas un carton entier de livres à vingt-cinq dollars pièce ! C'est de la folie.

   MAY
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message posté : Mar 13 Juin - 21:42



   

The book of a mad man

— Asmodée et Clyde
La frayeur littéraire  : Rien n'aurait été plus délicieux que de se laisser aller, et de se détacher du passé. Grandir assez pour ne plus se soucier d'une erreur vieille de quelques années. Il n'aurait pas à être ici, en face d'une jeune femme qui ne comprend rien de ce qu'il veut. Clyde pourrait lui en vouloir, et s'offusquer encore plus qu'il ne l'est à présent. Il pourrait s'énerver, lui dire qu'elle ne comprend rien : la situation est si improbable qu'il ne peut pas se le permettre. Même si c'est dur car la libraire est amusée par la situation, et qu'elle ne comprend pas l'ampleur de son désespoir, ni le peu de temps qu'il lui reste.

Mais il reste calme, et conserve les gestes mesurés qui lui ont été appris.

"Bien sûr que si, vous pouvez me les vendre."

Il fouille dans ses poches et sort des méandres mystérieuses de ses possession une liasse de billet de cinquante dollars. Sans avoir besoin de compter, il les dépose sur le comptoir avec un brin de fébrilité : il n'a pas que ça à faire.

"Au bas mot, il y a sept cent dollars et cela représente bien deux cartons de ce livre, j'en suis certain."

Il faut qu'elle acquiesce, sans plus longtemps le retenir. Qu'elle prenne l'argent, et qu'il puisse repartir jusqu'au taxi qui l'attendra dehors et rentrer chez lui. Que ferait-il de tous ces exemplaires ? Sans doute les brulera-t-il, ou se contentera d'entrer par effraction chez ses parents et de laisser devant leur lit près toutes ses autobiographies ?

   MAY
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message posté : Dim 18 Juin - 19:04



   

The book of a mad man

— Asmodée et Clyde
L'homme semble vraiment plus insistant, quand je lui déclare que je ne suis pas du tout sûre quant au fait que je puisse lui vendre un carton entier de ce mystérieux livre. Je ne sais même pas duquel il parle, et ça m'intrigue grandement. Il m'assure que je peux effectivement lui vendre cela, et avant que j'aie pu ajouter quoique ce soit il sort une liasse de billets d'une de ses poches, qu'il pose sur le comptoir. Je hausse un sourcil, lui jette un oeil intrigué et m'approche doucement de la liasse. Il me lance qu'il y a environ sept cent dollars et qu'avec ça, il peut assurément acheter ce qu'il demande. Mon sourcil ne s'est toujours pas rabaissé quand je me saisis de la liasse. Je ne me souviens pas avoir déjà vu autant d'argent, du moins pas à la librairie. Je lui tends, et tente de calmer le jeu.

- Je vais voir ce que je peux faire, attendez-moi ici.

Plutôt intriguée par la situation, je lui tourne le dos et me dirige d'un pas lent vers l'arrière-boutique, à côté de la petite salle réservée au personnel. Me rendant compte qu'elle n'est pas restée ouverte après le passage de la livraison matinale, je passe rapidement dans la salle du personnel pour récupérer le jeu de clefs numéro un de la librairie qui doit toujours rester ici, et sur lequel se trouve la clef de la réserve ainsi que la clef de la porte d'entrée, celle dont j'aurais dû me servir avant que l'homme ne puisse entrer... En repassant dans la boutique, je jette un oeil en direction du comptoir, pas loin de la porte d'entrée vitrée et qui laisse désormais entrer dans la boutique le délicieux soleil de la mi-journée. L'homme n'a pas bougé, et semble compter sa liasse. Je secoue la tête et retourne à l'arrière-boutique, dont la porte s'ouvre désormais grâce à la clef que j'ai récupérée. Le carton dont l'homme me parle est le premier sur la pile de ce que j'ai à ranger dans les rayons cet après-midi. Je l'ouvre grâce à la paire de ciseaux qui traîne ici et me saisis d'un des livres. Empty Bottles. C'est une autobiographie. Je ne comprends pas pourquoi l'homme a traité ce livre de bouse littéraire, ce n'est pas comme s'il avait fait scandale... Je le tourne et ce que je vois sur la quatrième de couverture me fait sourire. L'auteur est présenté sous une photo de lui, et je reconnais l'homme qui se trouve dans l'entrée de la boutique.

Un sourire amusé sur les lèvres, je garde le livre en main et retourne près du comptoir.

- C'est vous, là, non ? je lui demande en lui désignant la quatrième de couverture et plus précisément la photo qui l'orne.

   MAY
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