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message posté : Jeu 15 Juin - 9:52


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En sortant du bloc, Betty ôta la toile couverte de sang qui protégeait sa blouse, et s'arrêta un instant pour reprendre son souffle et essuyer de son front le mélange d'hémoglobine et de sueur qui le recouvrait. Dire qu'on lui avait promis une nuit paisible.
Il y avait de cela peine quelques heures, le personnel médical laissé pour compte circulait joyeusement dans les couloirs d'étagères où s'amoncelaient encore seringues, charlottes, compresses et bassines, pratiquant leur activité favorite des soirs d'ennuis : la course de fauteuils roulants. Ses souvenirs dansèrent devant ses yeux, enveloppés dans la même brume blanche qui se levait dehors sur Philadelphie ; un flash info à la télé, l'appel paniqué d'un témoin de la scène, puis ce corps inanimé et presque nu, livré sur un brancard dans un fracas de portes et de barres en métal. Les scalpels s'étaient succédés entre ses mains ; sa voix s'était fendue à force d'aboyer des dosages de morphine ; ses mains s'étaient presque brisées à force de masser la poitrine inerte de la victime. L'homme était hors de danger désormais, déplacé quelque part pour que l'on referme tout les trous dont il était percé, et que l'on plâtre les os que l'accident avait broyés...

Sa torpeur prit fin lorsqu'elle croisa le regard austère du policier qui flanquait la porte de la chambre 387. Elle présenta sa carte de médecin pour entrer, se demandant toujours comment elle avait atterri là, sans être capable de se rappeler si elle avait prit les escaliers ou l'ascenseur, ni même du moment où elle avait noué ses cheveux ou commencé à pleurer...
Elle passa machinalement le pas de la porte. La pénombre faisait disparaître les murs et les meubles qui y étaient accolés, agrandissant démesurément les proportions réelles de la petite chambre d'hôpital. Seule surgissait plus claire que le reste, la silhouette de l'homme menotté à son lit. Betty ne prit pas le temps de s'enquérir de sa santé, ni même de son état psychologique. Elle débita son discours, assumant parfaitement le sanglot qui faisait trembler sa voix.
« Bonsoir... enfin bonjour. Je suis le docteur Wayne, et j'ai été chargée de prendre soin de Mr Roth. Malgré de terribles blessures et une commotion, ses jours ne sont désormais plus en danger et il a été transféré dans un de nos services pour hospitalisation. Je tenais juste... à vous mettre au courant. Les conséquences auraient pu être bien plus graves. »

Sur ces derniers mots, elle fit un pas et essaya de saisir du sien le regard de l'inconnu. Elle ne parvenait pas à croire qu'il puisse rester indifférent à tout l'écoulement d'hémoglobine dont elle avait été le témoin, et dont il avait ouvert les vannes. Un signe, un geste, un mot lui aurait suffit à lui faire tout pardonner.


Dernière édition par Betty Wayne le Jeu 15 Juin - 14:54, édité 1 fois
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message posté : Jeu 15 Juin - 14:23



   

You have a death wish, i can tell

— Betty et Clyde
La presque mort  : Il se souvient du moment grisant où il s'est glissé dans la porsche que le propriétaire avait laissé ouverte, de cette extase quand ses amis l'ont rejoint. C'était un moment d'emmerde au monde des grands et des méprisants que de subtiliser à leur nez et à leur barbe un petit bijou d'automobile. Clyde se souvient de la sensation d'être au volant et d'avoir tout contre lui une fille, une fille et ses baisers sur ses lèvres et son cou. Il entend encore la bouteille de champagne qui s'ouvre, qui se renverse et des cigarettes qui brûlent aux bouches des privilégiés. Et de cette poudre portée à son nez par l'inconnue qui se colle à ses genoux, de cette jolie rousse qui roucoule à ses oreilles comme si demain ne devait jamais arriver.

Clyde se souvient aussi du moment où il a voulu foncer dans un mur, de cette envie de mort qu'il aurait pu trouver s'ils n'étaient pas tous avec lui. Il l'aurait fait, s'il avait été seul. Il aurait poussé le moteur à fond, et aurait résonné avant qu'un gros boum ne déchire la nuit les cylindres fous de cette voiture de sport.

Mais il ne se souvient pas du reste, pas de ce qui a suivi le mur qu'il a évité. Il se retrouve dans une chambre d'hôpital, sans souvenir d'avoir été blessé. Il a mal au crâne, le gamin. Ce n'est quand il a voulu se frotter les yeux qu'il a remarqué les chaînes à son bras.

Tétanie.

Il a appelé sa mère, trop bourré pour savoir qu'il n'est pas à la maison, et que même s'il y était elle ne serait pas venu le voir. Clyde a finit par se rendre à l'évidence que personne ne viendra le voir, qu'il est inutile de se débattre car personne n'est à côté de lui. Jusqu'à ce que la porte s'ouvre sur une silhouette qu'il a du mal à discerner avec la lumière.

En temps normal, sa tête lui aurait dit quelque chose pour l'avoir déjà vue à la télévision. Actrice de série, n'est-ce pas ? Mais là elle est médecin, à la blouse qu'elle a. Aux informations qu'il lui dit qui lui font réaliser la raison de sa présence.

Monsieur Roth, un inconnu.

"J'ai... J'ai... Roth ? Je n'ai pas... Je n'ai pas..."

Clyde se met à trembler, Clyde n'arrive pas à remettre bout à bout les flashs qui lui polluent l'esprit. Il reste pantois, et se contente de regarder son poignet entravé. Il est rougit par les moments où il a essayé de s'en extraire, sans comprendre.

"Je n'ai aucun souvenir. Je jure je... Je croyais être là à cause de la voiture volée, de la drogue et de l'alcool. J'ai..."

Sa voix se brise. C'est un sanglot qui lui hôte les mots de sa bouche, et qui ne le laisse poser qu'une unique question, dirigé pour lui-même.

"Qu'est-ce que... Qu'est-ce que j'ai fait ? Je voulais faire chier mon père, je voulais me venger... Je v-voulais pas..."

Parmi les douleurs des victimes, voilà les larmes du jeune homme qui quelques heures plutôt était insouciant, qui résonnent.
   MAY
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message posté : Ven 16 Juin - 16:13


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C'était la première fois que Betty rencontrait un tel désœuvrement. Dans l'obscurité presque totale, elle eut l'impression que les murs s'étaient rétractés en un confessionnal de plastique et de lino, et que sa blouse blanche lui avait conféré aux yeux du pécheur toute l'autorité pour recevoir son flot de remords. L'entrelacement de leurs regards acheva d'éteindre toute animosité, de faire démissionner toute volonté d'être dure et sévère : ses yeux n'étaient plus que deux ecchymoses plus noires encore que le dôme de ténèbres qui dansait autour d'eux. Le bruit de son dossier médical heurtant le sol la rappela à la réalité de la chambre d'hôpital, et au but de sa présence ici.
« Monsieur Bridgestone, je suis sincèrement désolée, parvint-elle à articuler de sa voix la plus calme, tout en se baissant pour le ramasser. Aux alentours de minuit la nuit dernière, vous avez volé un véhicule et avez commis plusieurs infractions au code de la route, dont excès de vitesse et non respect des feux de circulation... Vous avez percuté le véhicule de Monsieur Roth alors que celui-ci... » mais elle s'arrêta net.
Elle avait le sentiment que son masque de médecin se laissait éroder par les larmes qu'il versait, que les barrières s'effondraient entre elle et son patient. Un dernier fil de bon sens l'empêchait de s'asseoir près de lui, de défaire cette menotte qui l'entravait et de le laisser sangloter dans son cou, comme on réconforte un enfant qui expérimente la mort. Il avait l'air aussi innocent que celui qui gisait sur un autre lit, dans un autre service, dans une autre chambre du même hôpital, branché à des dizaines de machines et relié à des poches par des dizaines de tuyaux. Alors qu'au même moment, les ténèbres se refermaient sur Mr Bridgestone et que son corps d'homme grand, blanc et riche, se recroquevillait sur lui-même ; le papillon redevenu chenille qui se tortille encore pour faire repousser ses ailes.

« Tenez, buvez, et calmez-vous. Mr Roth est hors de danger, fit-elle en lui tendant un verre d'eau que le robot-médecin aux commandes de son corps venait de servir. « Je vous prescrire quelque chose pour votre mal de tête quand il surviendra. Ecoutez Mr Bridgestone, je ne doute pas que votre père fut un mauvais père, mais vous encourrez de très lourdes peines. Vous devriez profiter d'être encore à l'hôpital, en sécurité, pour prendre du repos et considérer le fait qu'il n'en valait peut-être pas la peine. » acheva-t-elle en posant une main sur son épaule.
Puis sur ces derniers mots, elle se dirigea vers la porte où l'attendait le flic austère, gardien du criminel. Elle observa un instant sa main sur la poignée, incapable de la tourner, attendant de trouver un dernier mot qui fut suffisamment pertinent pour être prononcé.
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message posté : Sam 17 Juin - 13:14



   

You have a death wish, i can tell

— Betty et Clyde
La presque mort  : Ce n'est pas simplement parce qu'Anthony Bridgestone s'est moqué de la légèreté, des rêves de son fils devant les autres grands de ce monde, et que ces derniers ont rit aux éclats, pas parce qu'il y a eut ce grand acteur qui s'est particulièrement moqué de lui. Ce n'est pas non plus parce que le père est un Tarantino en plus sombre et plus Hitchcock, ce n'est pas simplement parce qu'il brille tellement qu'il n'y a plus aucune place pour son fils. Car Clyde ne veut pas de cette gloire, car Clyde ne voudrait même pas se lancer dans ses pas et faire tourner les plus merveilleuses actrices dans les scènes d'angoisses les plus perturbantes, c'est bien différent de toutes ces raisons ce qu'il a voulu faire ce soir. C'est parce qu'il a été laissé seul dès les premières années de sa vie, c'est parce qu'aux mirobolants anniversaires il n'est jamais resté. C'est parce qu'il ne l'a jamais regardé avec fierté, même pendant la période du lycée où Clyde avait été accepté à Brown, pas une félicitation. Jamais une attention particulière, ni même bénin.

Un verre d'eau lui est tendu, qu'il ne parvient même pas à boire. Il le laisse dans ses mains, à peine touché par les paroles de la médecin. Clyde pleure aujourd'hui comme il pleurera souvent en prison les mois qui suivront.

Mais celles-qui suivent sont différentes. Elle parle de son père, elle lui dit qu'il n'en vaut sans doute pas la peine. Clyde la regarde, interdit. C'est la colère qui s'entremêlent aux larmes, parce qu'elle a tort. Il ne s'est pas torturé sa vie entière pour un homme qui ne vaut pas la peine. Non, s'il s'est autant fait de mal, c'est bien parce qu'Anthony Bridgestone vaut toutes les grandeurs de haine, toutes les grandeurs de destruction que la Terre peut offrir à un gamin de vingt ans à peine.

"Vous savez qui il est ? il a la voix brisée, le ton à la fois désespéré et mauvais. Comment il a passé toute mon enfance à regarder avec plus de fierté ses acteurs, ses stars et ses films, comment il s'est plus réjoui pour les récompenses qu'il recevait plutôt que pour mon inscription à Brown ? Vous connaissez son regard froid, s-ses moments de haine, ses moqueries ?"

A peine s'est-il livré, qu'il s'en veut dans l'instant. Ce n'est pas à elle d'entendre ça, ce n'est pas à elle de se laisser plomber par les problèmes d'un enfant qui a perdu tout ce qu'il aurait pu rester de l'innocence. Clyde a la tête dans ses mains, et le verre d'eau a été posé à côté. Il sanglote encore, il y a encore les larmes sur ses joues un peu rondes.

"Je-je suis désolé, c'est n'est pas à-à vous... Les mots se coincent dans sa gorge. Il aimerait pouvoir se racheter, il aimerait être absolu de toutes les imbécilités et horreurs qu'il a commises. A combien s'élèvent les frais d'hôpital de Roth ? Je-je... J'ai mon chéquier dans ma veste."
   MAY
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